Penser/Créer en Affinités 9 : Valérie Zénatti & Eva Niollet

19-04-2019 par Lara morise

La prochaine séance du lundi 25 mars accueillera successivement deux personnalités qui incarnent la pensée et la création par affinités : Valérie Zenatti, écrivaine, scénariste et traductrice, puis Eva Niollet, une auteure issue des écoles d’art (ENSBA et Villa Arson). Nous nous retrouverons à 16h, à la Sorbonne, en salle D632 (entrée 14 rue Cujas).
Valérie Zenatti a écrit une vingtaine de romans dont une partie pour « la jeunesse » — parmi les plus connu, Une bouteille dans la mer de Gaza qui a reçu de nombreux prix, a été traduit en une quinzaine de langues et adapté au cinéma. Elle a récemment un livre qui a obtenu aussi un grand succès, Jacob Jacob (aux éditions de L’Olivier), prix Méditerranée et prix du Livre Inter. Elle parlera de son travail de traductrice et plus particulièrement de sa relation à l’écrivain israélien Aharon Appelfeld. Dans Mensonges (2011), elle projetait sa propre identité dans celle de l’auteur. Alors qu’Appelfeld est décédé en 2017, elle vient de publier Dans le Faisceau des Vivants qui est le récit de son voyage sur les traces de l’auteur dont elle a l’ambition de traduire toute l’œuvre.
Eva Niollet présentera son projet « Famille Endormie » une écriture collective menée depuis 2014 par l’auteure et des membres de sa famille proche. Des carnets vierges sont remplis, racontant les rêves nocturnes de chacun, l’écriture est continue, scandée par une édition annuelle qui offre à tous une vision synthétique. Ce travail provient d’un besoin vital de donner un sens à cet étrange groupe arbitraire qu’est une famille.
Une famille, nous la vivons le plus souvent comme distribution imposée de drames multiples dont les causes nous échappent. Mais requis par cette écriture comme autorisée par sa familialité, un artisan photographe ruiné, une vendeuse de boîte de sardines, une adolescente et une personne en fin de vie procèdent ensemble à ce dévoilement méthodique du tréfonds de leur être.
Il s’agit là certainement d’une forme bricolée d’exploration commune mais aussi d’une tentative de faire quelque chose d’un chaos collectif. C’est pourquoi cette pratique possède aussi un intérêt pour le public : elle est montrée ici comme un moyen d’élaborer des raisons de vivre ensemble.

Séminaire Penser/Créer en affinités

Penser et créer s’exercent en relation. Loin du mythe de la solitude créatrice, le séminaire étudie les circonstances, les accidents et les connexions qui président aux activités intellectuelles et artistiques. S’il propose d’ancrer les œuvres dans leurs contextes, il prend aussi en considération le rôle des rencontres inattendues qui provoquent une déroute créatrice. Les affinités se construisent à partir des différences.
Il était improbable que le surréaliste André Breton croise Aimé Césaire en Martinique, qu’Édouard Glissant se passionne pour Faulkner l’écrivain du Sud esclavagiste, qu’Hannah Arendt admire Martin Heidegger compromis avec le nazisme, qu’Antonin Artaud trouve son inspiration chez les Indiens Taharumaras, que Sartre se veuille la réincarnation de Spinoza et Stendhal… Une nouvelle conception du temps des œuvres s’impose pour comprendre ces affinités entre des êtres de cultures et d’époques hétérogènes. Roland Barthes a ainsi proposé de penser la contemporanéité entre des auteurs comme une expérience de l’inactuel qui permet de fonder une parenté affranchie des générations.
Selon une perspective anti-généalogique, le séminaire s’intéressera aux figures de la rencontre par affinités : les hasards, les constellations, les archipels, les greffes, la mixité. Au-delà des thèses déterministes qui enferment les écrivains et les artistes dans une identité culturelle et raciale, il montrera la fécondité de la déroute, du malentendu, de l’expropriation du soi et de la transformation.
  
PROGRAMME

25 mars : Valérie Zénatti & Eva Niollet (Affinités entre les rêves d’une même famille)  – Sorbonne D632
1er avril : Merle Leonce Bone (Affinités sauvages, punks et romantiques)- Sorbonne D632
8 avril : Lawrence Kritzman (Affinités entre Montaigne et La Boétie) – Sorbonne D632
15 avril : Dominique Chateau et Anatoli Vlassov en affinités (Affinités d’Eisenstein au Kabuki et de la phonésie à Godard) – Sorbonne D632